Fausses notes
Quand la publicité pour ce nouveau casting pour une émission de chant à la télé est passée sur les écrans, j’étais genre « Ouais, bof, encore le même type d’émission sans trop d’intérêt ». Enfin, pas d’intérêt pour moi vu que je ne suis pas trop du genre à aimer la musique. Alors je ne vais pas m’amuser à la regarder à la télé alors qu’il y a pleins d’autre trucs marrants à voir ou à faire.
Bon, en fait, ce n’est pas tellement vrai. Je regarde souvent le début de ces émissions parce qu’au commencement, on voit souvent le casting. Et disons que voir des gens qui chantent plus mal que moi (faut le faire quand même), c’est génial et je me dis que je ne suis pas la seule casserole. Mais que j’ai été une casserole assez maligne pour ne pas aller exposer au monde à quel point je suis mauvaise. Il y en a, ce qui les rend ridicules, et attendrissants parfois, c’est que même s’ils ont une voix à nous faire saigner les oreilles, eh ben c’est qu’ils y croient à fond quand même. Le pire dans tout ça, c’est qu’ils doivent attendre de passer devant un jury de la télé pour qu’on leur dise qu’ils chantent terriblement mal et qu’aucune personne de leur entourage n’a essayé de les empêcher de participer. Mais bon, comme on dit, l’important, c’est de participer.
Enfin bon, quand l’annonce est passée à la télé, ça ne me disait pas vraiment de regarder ça. Et puis il y a eut une promo un peu plus importante, que ce soit à la télé, à la radio ou même sur des affiches dans les rues. C’était la première fois que je voyais une médiatisation aussi importante pour un truc qui n’avait même pas encore commencé et qui n’était pas franchement original. Les émissions de chant, ça fait tellement longtemps que ça existe. C’est tout le temps pareil
Mais là, ça avait l’air différent. En fait, cette médiatisation, pour moi, ça ne voulait dire qu’une chose. Le concept est tellement mâché, remâché et digéré qu’il faut faire croire aux téléspectateurs que c’est plus moderne. Alors que pas tant que ça, au final. Et puis dans les pubs, ça n’arrêtaient pas de dire qu’il allait y avoir des tas et des tas de surprises. Pour moi, quand il y a des surprises dans une émission, c’est que ça fait déjà un moment qu’elle passe à la télé et qu’elle commence à lasser et qu’il faut faire remonter les audiences. Alors bon, promettre des surprises dès le début, ça veut dire que l’émission est vraiment mauvaise et qu’ils veulent attirer les gens par tous les moyens.
Et il faut avouer que ça a bien marché. Tout le monde ne parlait que de ça, c’était le sujet de conversation favori dans les bars et même dans les repas de famille. Même le président de la République en a parlé. Il a dit qu’il allait sûrement regarder. Je me demande combien d’argent il a gagné pour dire ça. Bon, peut-être qu’il est sincère mais je trouve étrange qu’il nous parle des programmes télévisés qu’il va regarder. Sincèrement, je m’en fous de le savoir. Mais pas les journalistes people qui se sont emparés de l’info et qui en ont fais leurs gros titres et leurs ventes ont explosées.
Et puis le plus gros mystère sur l’émission, c’était son titre. Il n’avait pas encore été dévoilé alors que ça commençait dans la semaine. Les magazines télé avaient juste écris Titre inconnu sur la plage de diffusion.
Deux jours avant la diffusion, on a appris des trucs supplémentaires grâce à un article diffusé sur internet. Bon, il y avait des trucs qu’on savait déjà, comme par exemple, la chaine sur laquelle ça allait passer, la grande chaine. La grande chaine, c’est comme un organisme humain car elle est en perpétuelle évolution. Elle se nourrit des chaines plus petites et ainsi elle grossit. On va finir par l’appeler la grosse chaine ou même la chaine obèse si ça continue. En fait, le seul truc de nouveau qu’on a apprit, c’est le nom de la société de production. Zz.prod. Et d’après ce que j’ai compris, c’est la première fois qu’on en entendait parler. C’était un O.P.N.I, un objet producteur non identifié.
Moi ça me plaisait bien. Une société de prod’ inconnue, ça voulait peut-être dire que cette émission allait vraiment être très différente des autres.
Et c’est ainsi que quand le soir du jour de diffusion est arrivé, je me suis installée sur mon canapé devant la télé, tout comme un nombre assez important de la population. Et j’ai découvert le titre de l’émission qui avait fait couler un flot d’encre ces dernières semaines. Une fausse note ? Plutôt mourir ! Un titre assez drôle et puis qui montrait clairement que ça allait nous parler de musique. Et puis, ça montrait surtout que l’émission ne se prenait pas vraiment au sérieux et ça, j’y trouvais génial. Au moins, ça allait faire une bonne occasion de rire un coup.
Sauf que ça ne parlait pas du tout que de musique. Loin de là. En fait, on aurait dit un melting pot de pleins de concept d’émissions de téléréalité. Alors, en gros, il y avait le casting pendant trois semaines puis le vrai début où on enfermait les chanteurs choisis dans une maison luxueuse où ils pourraient suivre des cours avec des profs tandis qu’ils auraient des épreuves en plus, absolument pas en rapport avec la musique. Genre des épreuves de séductions ou des trucs dans le genre. Avec des émissions quotidiennes et la possibilité de suivre leur vie dans la maison 24 heures sur 24. C’est comme s’ils avaient crée une émission pour tous les goûts. Et avec les votes du public, un des candidats doit être éliminé chaque semaine. Et donc avec ce concept, les candidats ne sont plus jugés seulement sur la qualité de leur interprétation mais principalement sur leur comportement. En gros, si un candidat chante mal mais est plutôt sympa, il peut gagner. Dans une émission de chant, c’est carrément bizarre.
Mais je ne sais pas trop pourquoi, ça ne m’a pas posé de problème. Je me suis dit « Après tout, pourquoi pas ? » et ce genre de paroles ne me correspondaient absolument pas. Mais mon cerveau n’arrivait pas à se rebeller et il me faisait penser que « Après tout, ce n’est qu’un jeu. Ce n’est pas la peine d’en faire tout un plat. »
Étrange, très étrange.
Et l’émission a commencée. Le casting était vraiment diversifié, surtout par rapport au talent. Pour certains des candidats, on se disait qu’avec une telle voix, ils n’avaient vraiment pas besoin d’un tel truc pour percer dans la musique et pour d’autres, on se demandait aussi ce qu’ils faisaient là avec leur voix à briser les vitres. Aucun des candidats ne m’a vraiment plu, leur caractère étant trop différent du mien. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas vraiment réagi lorsque la présentatrice nous a annoncé, avec un grand sourire, que tous les candidats recalés avaient été réunis dans une grande pièce. C’est la première fois que quelque chose de ce genre arrivait à la télé. Parce que des candidats recalés, il y en avait des tas, près de deux mille.
-Et maintenant, a dit la présentatrice à la caméra, tous ses ex-candidats vont mourir. Car ils ont massacrés des chansons et que la musique, c’est sacré.
Ah ouais, okay. Le titre, ce n’était pas juste pour faire rire. Tu fais une fausse note, tu meurs. Sacré concept. Sauf qu’ils n’allaient pas mourir maintenant. Parce que le casting était bouclé depuis déjà quelques semaines. Non, ça faisait justement quelques semaines qu’ils étaient morts ces gens. Eh beh…Chez Zz.Prod, ils sont vachement doués pour faire des surprises. Parce que sinon, ses candidats morts, on en aurait entendus parler tout de même. Et puis bon…là, il y avait d’abord la pub alors peut-être que ce n’était qu’une blague bizarre pour nous obliger à rester devant la télé ?
Super stratégie parce que j’étais scotchée à l’écran.
Une dernière pub, pour une voiture, est passée et l’émission est revenue et la présentatrice s’est dirigée vers un immense hangar où attendaient les ex-candidats qui ne semblaient pas au courant qu’ils allaient mourir. Ils discutaient entre eux, rigolaient, sans se douter de ce qu’il allait leur arriver. Et quand la présentatrice leur a appris quel sinistre destin ils allaient tous connaître d’ici quelques minutes, ils n’ont même pas paniqués. L’un d’eux a même dit « Ah ?...OK.. ». Même moi, je n’ai pas réagi. Des gens qui n’avaient rien fais de mal, à part mal chanter, allaient se faire tuer sous mes yeux et ça ne me dérangeait pas plus que ça. J’allais regarder ça comme un divertissement. Comme si c’était normal.
Un trou s’est ouvert dans le toit, après que la présentatrice soit sortie et ait refermé la porte du hangar et on a vu une main lancer une grosse boule au milieu des ex-candidats qui regardaient la scène comme s’ils étaient hypnotisés Quand la boule a atterrit sur le sol, une fumée verte s’en est échappée. Certaines personnes se sont mises à tousser bruyamment et j’ai vu un jeune homme même pas majeur s’écrouler au sol en se tenant la gorge, ses yeux s’exorbitant. Tous les autres l’imitèrent et après plusieurs minutes de ce spectacle, nous, les téléspectateurs, avons pu conclure que nous venions d’assister à l’exécution de deux mille personnes.
Et la pensée générale était « Pas de problème. Ils n’avaient qu’à mieux chanter. S’ils ne voulaient pas mourir, ils n’avaient pas besoin de participer à cette émission. »
Pendant les trois semaines suivantes, on a eut droit aux mêmes scènes. Casting avec victoire pour certains, trépas pour d’autres. Cette émission se suivait un peu comme une série télé où il y aurait beaucoup de morts à chaque fois. Un peu comme une série dramatique ou plutôt, apocalyptique. Comme si ce n’était pas réel tout ce qu’il se passait, comme si c’était juste virtuel.
La presse parlait beaucoup de l’émission et c’était la première fois que je voyais les journalistes tous d’accords. Pour eux, c’était le meilleur show télévisé crée depuis longtemps et surtout, très novateur. Dans tous les magazines, à la télé, à la radio, sur Internet, dans la rue, dans les bistrots, tous les commentaires étaient plus qu’enthousiastes. Et l’audience était juste exceptionnelle. Pour la première émission, il y avait eut 40% de part d’audience au début mais après la pub avant la mort des ex-candidats, l’audience a subitement augmentée pour atteindre près de 60%. Depuis la part d’audience était rarement à moins de 65-70%. C’était assurément le carton de l’année.
Les derniers castings sont finalement arrivés et il était assez difficile de faire un choix. Ils étaient tous assez bons. Mais le jeu requérait les meilleurs chanteurs et le jury savait lesquels feraient l’affaire ou non. Il y avait plusieurs candidats que j’aimais bien mais je ne savais pas trop s’ils étaient assez doués ou non pour passer cette nouvelle étape du casting. Mais quand j’en ai vu deux d’entre eux s’effondrer au sol parmi d’autres candidats, j’ai compris qu’ils ne devaient pas être assez bons pour continuer.
Tant pis pour eux, c’était le jeu.
Sur environ dix mille candidats, seulement vingt avaient eu la chance de passer à l’étape où le public était le seul maitre à bord. On pouvait choisir qui pouvait continuer et qui devait être éliminé (dans tous les sens du mot). Je trouvais ça assez cool d’avoir droit de vie et de mort sur une personne, ça faisait presque de nous des Dieux, des Dieux apocalyptiques.
Pour la première émission en prime-time, il fallait éliminer cinq candidats d’un coup car la maison n’était pas assez grande pour que vingt personnes s’y installent. Il fallait faire de la place. Alors ils ont interprétés une chanson chacun et pour que ce ne soit pas trop long, les chansons ne devaient pas faire plus de trois minutes.
J’ai voté. Pour le numéro cinq qui était vraiment le plus mauvais de la bande. C’était la première fois que je votais pour ce genre d’émission et je m’étais promis de ne jamais donner de sous pour ce genre de trucs. Mais là, je m’étais presque senti obligée de le faire, comme si c’était super important et que ça aiderait à changer le monde. Que JE changerais le monde grâce à cet appel surtaxé. Et bon, j’ai toujours voulu changer le monde alors c’était l’occasion ou jamais de le faire.
La présentatrice a dit que celui qui gagnerait le jeu remporterait l’occasion d’enregistrer un disque et surtout qu’il remporterait le droit d’être en vie. Ce qui était quand même sacrément utile si on voulait devenir chanteur et faire un disque.
Sur dix mille candidats, il n’en restera plus qu’un à la fin.
Les résultats sont arrivés et le numéro cinq, celui pour lequel j’avais voté, a été éliminé, ainsi que les numéros deux, sept, quinze et dix-huit. J’avais contribué à la mort d’un être humain et ça ne me dérangeait pas. Je répétais que c’était le jeu et qu’on n’y pouvait rien. Ce n’était tout de même pas de ma faute s’il avait été mauvais et qu’il avait perdu. Et puis, il fallait bien des perdants, comme dans tous jeux dignes de ce nom.
La manière de tuer les candidats ne variait pas. On les enfermait dans une pièce dans laquelle on laissait tomber une boule qui faisait se répandre une fumée verte. Fumée qui provoquait l’étouffement des ex-candidats puis leur mort. C’était assez propre et rapide.
Après ce premier prime-time, qui fut le plus gros succès de tous les temps, nous avions droit pendant toute la semaine à une émission quotidienne d’une heure où nous suivions tout ce qui c’était passé d’intéressant dans la maison pour les candidats. Le fait est que ce n’était pas très intéressant mais qu’on regardait quand même. On aurait loupé pour rien au monde ce moment de l’histoire télévisuelle.
Même au bureau, le patron avait installé une télé pour que nous puissions regarder si on travaillait à l’heure à laquelle l’émission passait. Ca nous faisait une grosse pause mais on avait comme l’impression que c’était plus utile que notre job. Entre collègues, c’était notre sujet de conversation principal et lorsque nous avions un moment, nous faisions un petit tour sur le site de l’émission où on pouvait avoir des vidéos en temps réel de tout ce qu’il se passait dans la maison. Mes collègues avaient craquées pour Andrew, un jeune homme de vingt-cinq qui chantait plutôt bien, et elles adoraient suivre ses moindres faits et gestes.
Elles ont été un peu déçues quand il a été éliminé lors du troisième prime-time mais elles ont fini par admettre qu’il méritait de mourir. Il était beau et chantait bien mais il était aussi assez macho, feignant et pas forcément très agréable à vivre. Son élimination était une bonne chose. Au moins, il n’embêterait pas les autres candidats avec ses remarques sarcastiques.
L’émission a continué et une grosse nouveauté est apparue tandis qu’un huitième candidat était en train d’étouffer après s’être fait éliminer. Pour les semaines à venir, nous avions le droit de choisir la façon dont les candidats éliminés allaient mourir. Je trouvais que l’idée était exceptionnelle car l’étouffement, c’était sympa un moment mais ça finissait par lasser un peu.
J’ai voté plusieurs fois sur Internet pour dire quel type de mort je souhaitais voir à l’écran mais ce n’était jamais choisie alors j’étais un peu déçue mais tout de même assez impressionnée de voir les candidats mourir par d’autres manière que l’étouffement. L’un d’eux fut aplati par un piano très lourd, un autre a été se baigner dans une piscine remplie d’eau électrifiée et un autre a été frappé à mort. Ceux qui tenaient les battes de base-ball avaient été choisis parmi le public présent ce jour-là. J’étais presque déçue d’habiter en province et non dans la capitale. J’aurais aimé lui taper dessus juste pour voir quel effet ça fait, pour me sentir plus forte et puissante.
Il y a eut une mort, celle du demi-finaliste éliminé, qui a beaucoup plu. Le but, c’était que l’ex-candidat devait se faire rouler dessus un par un camion jusqu’à ce qu’il meurt. C’était trop génial ! Non, franchement, c’était cool parce que le conducteur du camion faisait exprès d’y aller tout doucement pour que la mort et l’agonie de l’ex-candidat soit bien longue et douloureuse. On l’entendait crier et sangloter quand ses os cassaient sous le poids des roues.
Pour le dernier prime-time, le niveau de chant était exceptionnellement élevé. Tous les mauvais étant morts, il ne restait plus que les bons qui avaient eu l’intelligence d’être sympathiques dans la maison. Il n’y avait plus que deux candidats et l’un d’entre eux allaient mourir tandis que l’autre serait célèbre. Célèbre pour avoir été le premier vainqueur de ce genre d’émission de téléréalité.
Nous, les téléspectateurs, tout ce qu’on voulait, c’était que ça arrive vite au résultat. En fait, on n’en avait presque rien à faire qu’ils chantent bien, on voulait juste savoir qui allait vivre et qui allait périr. Et même, ça pouvait être l’un ou l’autre des candidats, ça ne nous intéressait presque pas de savoir qui gagnait. Non, on voulait juste savoir quelle mort allait subir le perdant. Ca avait été le sujet de nombreux articles dans la presse et de nombreuses discutions sur Internet.
L’excitation était vraiment à son comble. Les candidats, un garçon et une fille, se combattaient en chanson. J’avais voté pour la fille qui était une personne plus agréable que le garçon. La fille, j’avais vraiment envie de pouvoir la rencontrer un jour. Alors que le garçon, je m’en fichais. S’il mourrait, ça ne poserait aucun problème.
Et enfin, les résultats arrivèrent. La fille remportait l’émission sous les applaudissements d’un public en furie. J’ai sauté de joie quand j’ai vu ce qui allait arriver au garçon. Ce n’était pas très original, mais c’était l’idée que j’avais soumise. La mort par décapitation, je trouvais ça carrément classe car ça faisait penser un peu penser au Moyen-âge et aux exécutions publiques. Et là, c’était complètement ça. Une exécution publique télévisée. Il y avait même un bourreau avec une hache et un masque noir sur le visage.
Et le bourreau fit son œuvre.
La suite des événements me parut un peu plus floue car j’avais la tête qui s’est mise à tourner. Des idées me traversaient l’esprit. Comment avais-je pu laisser cela arriver ? J’avais contribuée à la mort de plusieurs êtres humains, je l’avais même attendu et pire encore, encouragée. Je me dégoutais.
J’ai faillis donner un coup de poing dans ma télé lorsque je vis que le bourreau plaçait la tête du garçon sur un pique, comme lors de la Révolution. Mais ce n’était pas ça qui avait attiré mon attention. Non, c’était plutôt le bruit que faisait le public, comme si eux aussi se réveillaient après une période d’ignorance. Ils regardaient la tête du jeune garçon et son bourreau avec un air surpris. Ils étaient dégoutés. Dégoutés d’eux-mêmes et dégoutés de ce concept, tout comme je l’étais ainsi que tous les autres téléspectateurs. Comment, nous, citoyens, avions-pu laisser faire une telle chose et y participer dans la joie et la bonne humeur ?
Et comme un seul homme, tout le public présent sur le plateau se rua sur la scène pour ne laisser aucune chance au bourreau de s’enfuir. Tous ces gens allaient le massacrer. Dans le public, je reconnaissais des visages familiers, des personnes que nous avions vues dans les vidéos des ex-candidats. C’était leur famille. La production avait fait venir les familles et les amis de tous les candidats qui avaient pu monter sur la scène tout au long de l’émission et c’étaient bien eux qui étaient les plus décidés à faire du mal au bourreau.
Des coups de feu retentirent dans tout le plateau et avant que nous ayons eut le temps de voir ce qu’il se passait, ils étaient tous mort. Le bourreau et le public en furie baignaient dans une mare de sang. Le seul survivant, qui avait été mit à l’écart avant les coups de feu, était la jeune fille qui avait remporté le jeu. Et très étrangement, toutes les questions que je m’étais posé ces dernières minutes avaient disparues de mon esprit et je regardais le plateau avec une sorte de fascination morbide.
Mais pourquoi le public s’était-il rebellé de cette manière ? Il fallait être vraiment fou pour faire ça. Encore heureux que la jeune fille victorieuse n’avait pas été touchée par leur coup de folie sinon ça aurait été terrible. Une émission de téléréalité sans vainqueur, ce n’était juste pas du tout concevable. Et le public avait vraiment été égoïste pour le coup. Avaient-ils pensés aux pauvres personnes qui devraient s’échiner pour faire disparaitre toutes les traces de sang du plateau ? Non, évidemment que non.
Dès le lendemain, Zz.prod a annoncé qu’ils ne feraient pas de deuxième saison, du moins pas avant quelques années, même s’ils étaient très contents de cette saison. La finale avait fait un record d’audience car près de 90% de la population avait été devant sa télé pour assister à la victoire, mais surtout à la mort. C’est dommage qu’ils ne continuent pas, c’était quand même super bien comme émission.
Les journalistes ont écris deux-trois articles puis au bout d’à peine une semaine, le soufflé est retombé d’un coup. Quasiment plus personne n’en parlait, ni dans les médias ni entre la population. Comme si l’émission n’avait pas existé alors qu’elle avait presque fait partie intégrante de nos vies pendant plus de trois mois. La jeune fille qui avait gagné a connu le même sort que l’émission et au bout de quelques temps, on l’oublia totalement. Peut-être même qu’elle aussi a oublié ce qu’elle avait bien pu faire pendant ces quelques mois.
Quelque part, dans une galaxie pas si éloignée que ça
-Chef Zzorgl ! Chef Zzorgl ! Criait une créature vert foncée avec beaucoup de tentacules tout en fonçant dans les couloirs d’une station spatiale. Le rayon amnésique a marché. Plus aucun humain ne se souvient de ce qu’il s’est passé à présent. Ca a prit du temps mais c’est bon maintenant. Dit-il en entrant dans une pièce où une créature, comme lui mais coiffée d’un casque, consultait des cartes tout en observant la grande vitre qui donnait sur l’espace infini.
Le chef se tourna vers son employé et un sourire carnassier, dévoilant plusieurs rangées de dents tranchantes, apparut sur son visage.
-C’est parfait, Zzarugl. Donc…si un jour nous avons besoin de relancer l’émission, ils ne s’en souviendront pas ?
-Non, Chef Zzorgl. Et puis le rayon a l’avantage d’effacer la mémoire mais aussi d’effacer toutes les traces de notre passage. Les vidéos de l’émission, les articles, des discutions sur Internet…tout a disparu.
-Tu as fais du bon travail, Zzarugl. Ce rayon hypnotisant, c’était une excellente idée. Je n’aurais jamais pensé que ces idiots d’humains se laisseraient avoir d’une telle manière. Et très bonne idée d’avoir coupé le rayon pour que le public se rebelle. Ca aurait pu être désastreux mais il faut avouer que ça a été un franc succès. Félicitation Zzarugl !
Zzarugl se rengorgea de fierté. C’était rare d’avoir les félicitations du chez Zzorgl alors il fallait en profiter tant qu’on le pouvait.
-Dis-moi Zzarugl…A combien s’élève le nombre de morts ? Demanda le chez Zzorgl avec un sourire très cruel.
-Eh bien, ça en fait dix mille si on ne compte que les candidats mais ça en fait à peu près dix mille cinq cent en comptant le public qui s’est rebellé. Zzargl devrait revenir avec les derniers corps d’ici demain. Elle a très bien joué les présentatrices votre fille, chef.
-C’est vrai, elle s’est très bien débrouillée. Bon, en même temps, c’est ma fille alors c’est normal…dix mille cinq cent corps…Répéta-t-il d’un air rêveur…Voilà de quoi remplir le garde-manger et tenir pendant de nombreuses années.
Et il éclata d’un rire sinistre et cruel, imité par son employé, leurs rires se répercutant dans toute la station spatiale.






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