Le roman policier sans titre

Vendredi 15 juillet 2011 5 15 /07 /Juil /2011 20:44

Chapitre 3

 

 

-Louni Harper. Répéta Raymond. Un enquiquineur de première.

 

Louni…comme les Looney Toons, les dessins animés qui passaient à la télé et que je regardais de temps en temps pour suivre les aventures de mes personnages préférés comme Marvin le martien ? Etait-il un extraterrestre venu d’une lointaine planète pour nous étudier de plus près ? Ce serait trop cool, franchement !

 

-Ce p’tit, je le connais depuis un sacré bout de temps. Il était déjà chiant quand il était gosse mais depuis qu’il est adulte, c’est pire. Soupira Raymond. Toujours à poser des tas de questions.

 

-Quels genres de questions ?

 

-Sur pleins de sujets différents mais surtout, il vient tous les jours pour savoir s’il ne peut pas nous aider à résoudre un crime ou une enquête.

 

-Ouais, il est vraiment lourd le petit Harper. Ajouta Marco

 

-Il ne travaille pas ? Il doit vraiment s’ennuyer s’il vient tous les jours ici. Dis-je sans grande conviction.

 

Mais je voulais en apprendre plus sur lui. Après tout, si j’allais avoir affaire à lui tous les jours, autant que je sois au courant de ses problèmes tout de suite au lieu de les découvrir tout seul.

 

-Non mais Louni, je crois qu’il vit dans un autre monde. Il y a quelques temps, je t’aurais dis qu’il vivait sur les nuages et gambadait joyeusement avec des Bisounours multicolores et qu’ils allaient à la chasse aux papillons mais…maintenant que je le connais mieux, je me rends compte qu’il est plus bizarre que ce que je pensais. Me dit alors Marco.

 

-Oui, c’est vrai qu’il est bizarre. Intervint alors Emma qui était restée silencieuse depuis notre arrivée. Il a l’air…d’attendre que quelque chose se passe ici comme…comme un crime. Il risque d’attendre longtemps. Dit-elle en pouffant. Elle fut alors imitée par Marco.

 

Ils avaient l’air de bien s’amuser tous les deux mais moi je ne comprenais pas plus qui était ce Louni Harper si mystérieux. J’allais alors tapoter l’épaule de mon supérieur qui comprit immédiatement ce que voulais.

 

-Viens donc dans mon bureau. On va discuter de cela. J’aurais peut-être du t’en parler avant de te donner le poste.

 

Raymond me fit entrer dans son grand bureau puis me fit asseoir en face de lui. Il sortit un dossier vert d’un de ses nombreux tiroirs. Il y était inscrit « Louni Harper ». Louni, c’était tout de même un drôle de prénom, ses parents devaient être tout aussi bizarre que lui…Mais s’il avait son nom marqué sur un dossier du chef de la police…cela pouvait vouloir dire que…

 

-C’est un criminel ? Demandais-je avec une petite voix à Raymond, de peur de me tromper et de l’accuser à tort.

 

Raymond me considéra un instant du regard puis éclata de rire. Je pense que j’avais tort, alors, sinon il n’aurait pas réagi d’une telle manière.

 

-C’est vrai qu’il pourrait avoir le look d’un bandit des grands chemins mais il est le plus jeune héritier d’une fortune colossale. Il n’a jamais été impliqué de près ou de loin dans une affaire criminelle.

 

Je ne comprenais vraiment plus rien. J’aurais trouvé logique qu’il soit un criminel et même le chef d’une organisation de criminels du coin. Mais il n’était rien d’autre qu’un riche héritier…Mais pourquoi un riche héritier s’habillerait-il avec de tels vêtements ? J’étais persuadé que s’il s’asseyait dans la rue, on le prendrait facilement pour un jeune clochard.

 

-Son arrière-grand-père était un explorateur et lors d’une de ses expéditions en Amérique, il a ramené trois énormes émeraudes qui valent chacune plusieurs millions de dollars. Sa famille gagne beaucoup d’argent en les prêtant régulièrement à différents musées dans le monde entier. Ses parents lui donnent régulièrement une petite part de leurs rentes pour lui permettre de payer le loyer de son appartement et de vivre sans soucis.

 

-C’est un oisif, alors ? Demandais-je, un peu déçu car je ne l’attendais pas trop à ce genre de portrait. Un oisif, ce n’était même pas drôle.

 

-Un oisif ? Oh alors là, pas du tout. Louni Harper, malgré sa grande fortune n’a jamais été un oisif. M’expliqua alors Raymond. Il aurait pu suivre l’exemple de ses parents et ne rien faire de ses journées, passer sa vie allongé sur un transat, mais il n’en fait rien. Depuis qu’il sait lire, il passe beaucoup de temps à la bibliothèque. Il adore apprendre des choses qu’il ignore et il aime la culture. Il va souvent au théâtre. C’est un garçon vraiment très intelligent, il a passé son bac à quatorze ans mais bizarrement, il a arrêté ses études à seize ans, après deux années brillamment réussies en fac de lettres.

 

Raymond s’arrêta alors pour boire une rasade de la bouteille d’eau qui était posé sur le meuble juste derrière lui. J’espérais que ce n’était pas la fin de son explication car je n’en étais pas encore satisfais. Et je ne comprenais toujours pas. Raymond posa sa bouteille et reprit son récit.

 

-Quand il est revenu ici, on s’attendait tous à ce qu’il tourne mal. Un jeune homme sans occupation, ce n’est jamais bon. Et puis il avait passé deux années dans une autre ville. Il était déjà autonome et indépendant et on pensait qu’un jeune homme aussi intelligent que lui ne supporterait pas de se retrouver sous le contrôle parental.

 

-Et alors, que c’est-il passé ? Demandais-je, impatient de connaitre la suite, comme un môme qui attend qu’on lui raconte la suite de son histoire préférée.

 

-Rien... Louni n’avait pas changé d’un iota. Toujours fourré à la bibliothèque. Il retournait parfois à la fac pour revoir ses amis étudiants et je crois qu’il en revoit encore certains aujourd’hui. Mais dans la ville, il n’a pas beaucoup d’amis. Les surdoués font peur, parfois.

 

Oui, c’était vrai, les surdoués pouvaient faire peur. Quand j’étais en CM1, il y avait une fille hyper intelligente, tellement intelligente qu’elle répondait à toutes les questions de la maitresse et qu’elle rajoutait pleins de détails qu’on n’avait jamais appris en cours. Elle connaissait tant de choses et je me disais qu’il fallait qu’elle fasse attention parce qu’à un moment, elle n’aurait plus de place dans sa tête, elle apprendrait la chose de trop et son cerveau exploserait. Pendant des semaines, j’ai eu peur qu’elle n’explose avant de me rendre compte que c’était un peu impossible. Mais quand même, ça m’avait bien fait flipper pendant ces deux semaines.

 

-Il y a cinq ans, ses parents ont déménagés aux Etats-Unis, à New York. C’était un de leurs plus grands rêves mais Louni a refusé de les suivre à cause de Sarah.

 

-Sarah ? C’est sa petite amie ?

 

-Oh non, du tout. C’est sa grande sœur. Elle a six ans de plus que lui et s’est mariée quand elle a eut vingt ans…Tu vois le gérant du bar dans la petite rue en bas ?

 

J’acquiesçais la tête. Mon oncle m’avait emmené dans ce bar avant que j’aille passer mon entretien. Le gérant était un jeune homme d’une trentaine d’année avec des cheveux sombres désordonnés, comme s’ils étaient simplement posés sur sa tête.

 

-C’est Erwan, le mari de Sarah. Ils ont trois enfants. Une petite fille et deux petits garçons, des jumeaux. Sarah a refusé de quitter la ville pour aller vivre à New York avec ses parents. Il faut savoir que Louni est très attaché à sa grande sœur et c’est pour ça qu’il a décidé de rester ici.

 

Comme Raymond ne rajoutait rien, je m’impatientais un peu. On ne m’avait donné de réponses réellement convaincantes. Me faire la biographie complète de Louni Harper n’était peut-être nécessaire même si cela avait été plutôt intéressant.

 

-D’accord…mais je ne comprends toujours pas ce qu’il vient faire ici tous les jours.

 

-Emma  l’a dit tout à l’heure. Il attend que quelque chose se passe. Même s’il arrive à occuper ses journées, il s’ennuie. Et cette ville n’est pas la meilleure pour l’aspect culturel. Quand il est revenu de la fac, une librairie spécialisée en romans policiers s’est montée. Tu ne l’as peut-être pas vue, elle est de l’autre côté de la ville. Enfin…Louni en est très vite devenu le meilleur client, ce n’était pas trop compliqué pour lui avec tout l’argent que possède sa famille. Il s’est passionné pour ses romans et depuis, il rêve de pouvoir participer à une enquête pour mettre ses capacités au service de la justice. Il est fan de ce Sherlock Holmes.

 

Il avait prononcé le nom du héros de Sir Arthur Conan Doyle avec une sorte de dégout évident. Personnellement, j’aimais beaucoup ce personnage. Je m’en fichais qu’il soit simplement détective privé et pas policier. Pour moi, c’était le résultat qui comptait, non pas la personne qui l’avait trouvé.

 

-Mais bon, dans cette ville, il risque d’attendre longtemps. Ce n’est pas demain la veille qu’il se passera quelque chose. J’aimerais juste qu’il arrive à modérer son enthousiasme. Quand il vient ici, il peut être épuisant avec ses questions perpétuelles. Il était un peu plus calme aujourd’hui parce qu’il doit être un peu triste du départ de Sarah. Elle est vacances à la mer avec Erwan et leurs enfants.

 

Il se leva de son siège et m’invita à faire de même.

 

-Il se fait tard et il va falloir que je parte avec Emma. On a du contrôle à faire cette nuit. Une dernière question ?

 

-Oui. Quel âge a-t-il ?

 

-Il a eut 24 ans il y a deux mois.

 

-Et comment ça se fait que vous en connaissez autant sur lui ?

 

-On avait dit une question. Dit-il avec un sourire. C’est une petite ville alors tout se sait. Et puis je te l’ai dis, c’est un riche héritier. On s’intéresse à ce qu’il fait.

 

Il me raccompagna à la porte du bureau et me souhaita une bonne soirée avant de demander à Emma dans le suivre pour repartir travailler. Marco était toujours devant le bureau d’accueil

 

-Hey, David…Alors le patron t’a appris tout ce qu’il y avait à savoir sur Louni ? Tant mieux, parce que tu vas devoir le supporter un long moment. Bon, j’espère que t’as passé une bonne journée avec nous. Sors et je vais fermer.

 

-Personne ne reste la nuit ? Demandais-je parce que je trouvais ça un peu bizarre. Comment pouvaient faire les gens s’ils avaient un problème en pleine nuit ?

 

-Non, mais tous les appels qu’on reçoit ici la nuit sont redirigés sur le téléphone portable qui est utilisé pour la nuit. Si quelqu’un appelle ce soir, ce sera Raymond ou Emma qui répondront. C’est aussi simple que ça.

 

On est sortis du bâtiment, il a prit des clefs dans sa poche et a fermé la porte. Il m’apprit que j’aurais également une clef mais que Raymond avait du oublier de me la donner aujourd’hui. Je rentrais chez moi, dans mon appart de trente mètres carrés, je mangeais et m’endormis presque aussitôt.

 

Et une petite routine quotidienne s’installa très rapidement. Tous les jours je m’occupais de l’accueil puis j’allais faire du contrôle sur la route avec Marco avec lequel j’étais devenu rapidement ami. Nous allions souvent boire un coup au bar géré par Arwen et j’étais sorti une fois en tête à tête avec Emma. Cela s’est plutôt bien passé, c’était assez agréable de passer un moment avec elle alors je pense que nous allons peut-être renouveler l’expérience. Entre collègue, évidemment.

 

Et tous les jours, Louni Harper venait nous demander s’il pouvait nous aider. La présence de cet hurluberlu aurait put me gêner, m’embêter au plus haut point mais après seulement quelques jours, j’attendais ses visites qui venaient casser la routine car il était toujours différent dans sa façon de demander des informations. Il est vrai qu’il pouvait être d’une lourdeur incroyable quand il voulait (j’aurais presque eut envie de lui filer des baffes) ou alors d’être plus sympathique, moins pressant. De cette manière, je pouvais déterminer à quel degrés d’ennui il se situait. Une fois, il était arrivé en sautillant dans la pièce, comme un petit lapin ou bien un kangourou et m’avait questionné pendant plus d’une demi-heure. Il participait largement à l’animation de ma journée.

 

J’avais rencontré Roger dès ma deuxième semaine et comme me l’avait prédit Marco, il ne me parlait que pour me dire bonjour ou au revoir mais au bout d’un peu plus d’une semaine, il me demanda si j’allais regarder le match de foot qui passait à la télé le soir même. Depuis ce jour, il commença à me parler un peu plus. Mais il n’était toujours pas très bavard avec moi. Il ne l’était avec personne.

 

Pendant le mois de décembre, juste avant les vacances de Noel, je tombais malade à cause d’un contrôle routier qui s’était transformé en tempête de neige. Marco, lui, allait très bien car il était plus habitué que moi à ce genre d’intempéries. Raymond m’avait laissé me reposer et je restais deux jours au lit avec un grand renfort de boites de mouchoirs.

 

Je retournais au travail en forme et sous la neige qui avait recouvert les rues. Je travaillais sur l’ordi du bureau d’accueil quand Louni entra. Il vint directement vers moi, ce qu’il faisait rarement. D’habitude, il tournait en rond un moment avant de se décider à venir nous embêter. A part quand il s’ennuyait vraiment beaucoup et qu’il n’en pouvait plus.

 

-Tu n’étais pas là, hier. Me dit-il.

 

-Oui, je suis au courant. J’étais malade. J’aurais préféré être là.

 

J’avais passé la journée de la veille, au fond de mon lit, à tousser comme si une famille de chats persans était venue s’installer bien au fond de ma gorge.

 

-Il y avait Roger, à ta place.

 

Louni qui adorait parler mais surtout qu’on lui réponde avait du passer un mauvais moment à essayer de tirer une parole de Roger. Il répondait bien évidemment quand des gens venaient demander des renseignements mais il s’efforçait de ne rien dire à Louni car il pensait qu’il finirait par se lasser de ce jeu. Pour le moment, ce n’est pas le cas et c’est loin de l’être.

 

-Il n’a parlé que du temps. C’est d’un rasoir, franchement. Il pourrait avoir d’autres sujets de conversations.

 

Pour le coup, j’étais d’accord avec lui.

 

-Des groupes d’étudiants ont commencés à arriver. Dit-il soudain avec une brusque poussée d’enthousiasme inattendue.

 

C’était toujours comme ça avec Louni. Après plus de deux mois, je commençais juste à m’y habituer.

 

-Des étudiants ? Ils viennent pour les fêtes de Noel ici ? Je ne savais pas que c’était une destination de rêve. Lui dis-je, un peu ironique.

 

-Ils t’ont jamais dis ? Le lac derrière la ville gèle complètement tous les hivers. Il fait tellement froid dans le coin que ça ne rate jamais. Il est vraiment super dur et on peut marcher dessus et y faire du patin à glace et même du hockey. C’est vraiment super et ça attire du monde chaque année.

 

Non, je n’étais pas au courant et personne ne m’en avait parlé à part Louni. Un lac gelé, c’était vraiment chouette mais certainement très dangereux. Qui donc le surveillait ? Ce n’était clairement pas la police car on m’en aurait au moins parlé. Mais ça avait l’air vraiment génial. Et puis des étudiants en ville, cela amènerait certainement une ambiance un peu plus festive.

 

Raymond vint se joindre à notre conversation et j’appris que c’étaient les pompiers qui s’occupaient du lac dès qu’il gelait. Il demanda à Louni s’il allait bien depuis la veille, ce qui amusa le jeune homme. Les deux hommes s’entendaient bien, malgré les petites disputent qu’ils pouvaient avoir de temps à autre, surtout quand Louni exaspérait Raymond.

 

Alors que nous discutions tous les trois du lac, la porte d’entrée s’ouvrit brusquement et Régis, le gérant du bureau de tabac de la grande rue entra en trombe, le visage blanc comme un linge. Il tremblait de tous ses membres et le froid n’était clairement pas en cause. Il avait la chaire de poule.

 

-Ray…Raymond…Il s’est passé… quelque chose… de terrible.

 

 

Arlavor le Rouge

Par Arlavor le rouge - Publié dans : Le roman policier sans titre - Communauté : ecrivains en herbe
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Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 11:24

Chapitre 2

 

 

Mon premier jour à la brigade, je l’attendais avec impatience. Je ne savais pas ce qui allait m’attendre et je trouve que c’était franchement excitant de se demander à quelle sauce j’allais être mangé. Pas vraiment effrayant car lors de mon entretien, le patron m’avait semblé être un homme sympathique et agréable à vivre. Un patron comme on voudrait en voir plus souvent.

 

Il serait certainement un peu étrange de ne plus avoir mon père sur le dos à longueur de journée, à contrôler mes moindres faits et gestes mais également à me donner de précieux conseils sur la façon dont je devais faire mon travail. Ca allait me manquer. Mais j’avais presque 25 ans tout de même. Il était plus que temps que je me détache un peu de son influence et de ce cocon familial agréable.

 

Je n’étais plus un enfant.

 

Enfin, je dis ça mais bon, je regardais encore des dessins animés le matin en prenant mon petit déjeuner (des céréales au chocolat qui croustillent sous les dents) et je lisais encore pleins de bandes dessinées et les romans de science fiction que j’adorais étant gosse me passionnaient toujours autant. J’avais toujours mon âme d’enfant.

 

Enfin…je crois. J’espère bien que oui et que je ne l’ai pas perdu en chemin.

 

Toujours est-il que mon premier jour était bel et bien arrivé en cette fin de mois de Septembre. J’avais bien profité de mes vacances, le soleil ayant illuminé la région presque tous les jours, entrecoupé par des petites averses revigorantes.

 

En me couchant la veille, je n’étais pas franchement stressé mais en me réveillant le matin, mon cœur battait plus vite que d’ordinaire. A part le patron, je ne connaissais aucun de mes collègues. Ce n’était pas comme dans mon ancien job où je connaissais mes collègues depuis de nombreuses années puisqu’ils travaillaient déjà avec mon père. Allaient-ils m’apprécier ? Ou leur serais-je complètement indifférent ? Ces questions tournaient dans ma tête alors que je dévorais mes céréales. Au moins, je n’avais pas perdu l’appétit. C’était déjà ça.

 

En chemin, mon cœur se fit léger. Après tout, cela ne pouvait pas être pire qu’avant. Pour que ce soit pire, il faudrait qu’Aurélie décide de venir s’installer dans cette ville avec son idiot de mari et leur progéniture. Et vu ma chance, ça ne m’étonnerais même pas que cela arrive un jour.

 

Mais ne parlons pas de malheur.

 

J’entrais dans le bâtiment de la police municipale. Un large bureau d’accueil me faisait face, occupé par un grand blond affairé à taper à l’ordinateur. Il m’adressa un regard intrigué en me voyant entrer. Je l’observais en approchant du bureau et lui donnais une petite trentaine d’année.

 

-Bonjour. Lui dis-je en lui tendant une main. David Rochard… Je suis nouveau.

 

Lorsqu’il entendit mon nom, le regard du blond s’illumina. Il saisit ma main, la serra avec chaleur et m’adressa un sourire radieux. Cet accueil me faisait chaud au cœur alors qu’il n’avait encore rien dit.

 

-Content de te rencontrer. Moi c’est Marc mais appelle moi Marco, comme tout le monde. Tu vas rapidement te sentir chez toi ici, tu verras.

 

Je me sentais déjà chez moi grâce à lui.

 

-Je vois ça. Répondis- je avec un sourire.

 

-Le chef ne peut pas te voir pour l’instant. Il est en réunion alors il m’a demandé de te mettre au parfum et te faire visiter. Donc ici, comme tu peux le constater, c’est l’accueil. Je dois bien t’avouer qu’il n’y a pas foule ici. On est rarement envahi et il est rare d’avoir plus de dix personnes par jours. Ce n’est pas une grande ville, que veux-tu. Les prochains mois, tu les passeras en majorité ici à recevoir les gens qui viennent. En général, ils veulent juste des renseignements, parfois ils viennent pour des plaintes mais c’est plus rare. Sinon, l’autre partie de ton temps au début, ce sera dehors à contrôler les conducteurs.

 

Il me fit signe d’avancer et je le suivis dans un couloir qui se trouvait derrière l’accueil. Il ouvrit une porte et je découvris une pièce de travail. Différents bureaux où trônaient sur chacun un ordinateur (des vieux machins avec des écrans énormes qui tournaient certainement avec une version préhistorique de Windows) et des tas de papiers. Marco me désigna un bureau près d’une fenêtre. Une plaque dorée était posée contre le PC et mon nom était gravé dessus.

 

La seule fois où mon nom avait été gravé quelque part c’était à l’école primaire quand Stéphane, un petit con de CE2, avait écrit « David Rochard est un gros plouc » avec la pointe de son compas sur un pauvre arbre de l’école qui n’avait rien demandé à personne. Alors disons que lire ma jolie plaque, c’était quelque chose de chouette et presque d’émouvant. Je la saisis pour la regarder plus convenablement.

 

-Je vois que ça te plait. Me dit Marco en me donnant une tape amicale sur le dos. C’est ici qu’on passe le plus de temps quand on n’est pas occupé ailleurs. On n’est pas beaucoup ici. Il y a Emma, une petite brune, 29 ans, très appétissante si tu vois ce que je veux dire. Me dit-il avec un clin d’œil.

 

Oui, bien sûr que je comprenais mais à vrai dire, je m’en fichais un peu qu’une de mes collègues soit un canon ou une bombe atomique. Je n’étais pas franchement là pour ça.

 

-Et puis il y a Roger, 44 ans. Un grand taciturne. Ne t’inquiète pas s’il ne te parle pas les premiers jours, voire les premières semaines. Perso, il a attendu deux semaines avant de me dire autre chose que Bonjour, Bonsoir ou Au revoir. Quand on le connait bien, c’est un gars super. Enfin bon, tu ne vas pas le rencontrer tout de suite. Il a encore une semaine de vacances. Emma, elle, elle ne devrait plus tarder à faire son apparition. Et sinon, tu connais déjà Raymond, le grand manitou. Avec lui, on n’a pas à se plaindre, tout roule comme sur des roulettes. Tu vas te plaire ici.

 

C’était la deuxième fois qu’il me le disait et je voulais bien le croire sur parole. Il me fit continuer la visite par une petite cellule dans laquelle pouvaient être enfermées trois personnes, tout au plus, puis par la salle de garde à vue. Elle n’était apparemment pas très utilisée. Il finit la visite par des lieux de vie communes comme les toilettes et une minuscule cuisine dont le plus important était un mini-frigo et un micro-onde. Marco me parlait des archives (un peu plus bas dans la rue) quand nous avons entendu la porte d’entrée s’ouvrir.

 

-Voilà Barbie qui arrive. Dit Marco.

 

-Barbie ?

 

-Tu vas comprendre. Dit-il pour seule réponse et en sortant de la cuisine pour rejoindre l’accueil.

 

Je le suivis et compris exactement ce qu’il voulait dire quand je vis la grande blonde plantureuse en uniforme qui allumait un des ordinateurs de la grande salle de travail. C’était une Barbie policière.

 

-Bonjour. Lui dis-je doucement.

 

Elle se tourna vers moi et je vis qu’elle était plutôt bien apprêtée, qu’elle s’était correctement pomponnée (pas trop, quoi. Elle ne ressemblait tout simplement pas à un camion volé) et que même ses longs cheveux blonds semblaient soyeux. J’étais même persuadé qu’ils sentaient bon. L’ananas ou la noix de coco par exemple. Emma, il ne pouvait s’agir que d’elle, était une femme vraiment très belle.

 

-Tu dois être David, le nouveau ? Moi c’est Emma. Me dit-elle d’une voix claironnante.

 

En plein dans le mille !

 

-Ravi de te rencontrer Emma.

 

Je ne savais pas trop quoi lui dire de plus. « Qu’est-ce que vous êtes jolie ! » n’était peut-être pas ce qu’il y avait de plus approprié pour une première rencontre. « Vous êtes très en beauté. » faisait bien trop gentleman et homme du monde, ce que je n’étais pas vraiment. Il valait mieux ne pas donner une fausse idée de moi dès le premier jour. Je choisis finalement de me taire.

 

-Tu n’es pas très bavard. Fit-elle remarquer.

 

-Je sais. Mais c’est juste parce qu’il faut que je m’habitue. Après, vous ne pourrez plus m’arrêter. Dis-je avec un sourire agrémenté d’un clin d’œil

 

-Ok, non parce qu’on se passerait bien d’un Roger version 2. Un taciturne, c’est amplement suffisant. Bon ! Dit Marco en reprenant son sérieux. Le reste de la matinée, je vais te montrer comme te servir de l’ordi et cet après-midi, tu viens avec moi pour du contrôle routier. T’en as déjà fais ou ce sera la première fois ?

 

J’avais l’impression qu’il me prenait un peu pour un idiot mais bon, c’était sûrement parce que j’étais plus jeune que lui d’au moins cinq ans. Il ne savait peut-être pas que ce n’était pas mon premier job dans la police.

 

-Oui, j’en ai déjà fais. En plus de deux ans, j’ai eu largement le temps.

 

-Ah ok… J’savais pas du tout. Raymond ne nous a pas vraiment dis ce que tu avais fais avant. Donc… plus de deux ans dans la police. Bien…C’est un bon début, ça. Tu vas très vite t’habituer au travail alors. Je vais quand même te montrer des trucs pour l’ordi parce que des fois, il y a des bugs.

 

-Bunny. Rajouta Emma, croyant être drôle.

 

Je me forçais à pouffer pour ne pas l’embêter. Autant bien s’entendre entre collègue et ne pas se vexer mutuellement. Même quand on faisait des blagues pas drôles et bas de plafond.

 

-Je vais me faire un café. Annonça Emma, nous laissant seuls dans la salle de travail.

 

-Alors, comment tu la trouve notre Emma ? Demanda Marco en me donnant un coup de coude.

 

-On dirait vraiment une Barbie. Elle est très belle.

 

-Ca je ne te le fais pas dire. J’aimerais bien jouer avec  elle. Dit-il avec un sourire qui montrait qu’il ne pensait pas vraiment ce qu’il disait. Par contre, des fois en la voyant, je me dis que le cerveau devait être vendu séparément. Qu’est-ce qu’elle peut être bête parfois… Enfin…heureusement qu’elle est sympa et mignonne.

 

Je ne pus m’empêcher de pouffer à la remarque de Marco. Ce n’était pas très gentil pour Emma mais cette fois-ci, je trouvais que c’était drôle. Des deux blonds, je pensais que c’était certainement lui le plus futé. Mais ma mère m’avait appris à ne pas juger les gens trop tôt et que même si le proverbe disait que la première impression était souvent la bonne, je pouvais tout de même me tromper dans mon jugement.

 

-Allez, viens. Je vais te montrer le fonctionnement de l’accueil. Finit-il par dire.

 

Il n’y avait rien de bien compliqué mais il est vrai qu’une petite explication avant de commencer ne pouvait pas me faire  de mal. Les ordis étaient vraiment vieux, je me demandais comment de tels dinosaures pouvaient encore fonctionner. Je m’attendais à  ce qu’ils s’éteignent d’un coup à tout moment et qu’on ne puisse pas les rallumer.

 

Comme je n’avais pas prévu qu’il y aurait une cuisine, je suis allé m’acheter un sandwich à la boulangerie en bas de la rue. Quand je suis retourné au poste, le patron, Raymond, était là pour m’accueillir.

 

-Bonjour David. C’est un plaisir de te revoir.

 

Raymond, la cinquantaine grisonnante, des yeux verts surmontés par une paire de lunettes en écailles vertes un tantinet ringardes, me regardait, bienveillant.

 

-J’espère que tout se passe bien pour le moment pour toi.

 

-Merci. Tout va très bien.

 

-Eh bien c’est parfait. Je vais te laisser. J’ai un repas en ville et je suis déjà en retard.

 

Il partit et en passant devant moi, il me tapota l’épaule, presque paternellement. Une demi-heure plus tard, Marco venait me chercher et je montais dans la voiture de police.

 

Quand j’étais petit, j’aimais les films policiers où les gyrophares étaient allumés et l’alarme était hurlante, pour montrer qu’il y avait une urgence et que les policiers étaient pressés. Eh bien, une fois, lors de mon précédent job, j’ai du allumer l’alarme et c’était horrible. J’en ai eu mal à la tête toute la soirée.

 

L’après-midi avec Marco a été très calme. On a juste arrêté une jeune fille qui avait grillé un feu rouge et un mec d’une quarantaine d’année qui avait son portable. Rien de bien passionnant, en somme.

 

Et donc on est retourné au poste pour finir la journée (Raymond et Emma se sont occupés de la circulation ce soir là mais d’habitude c’est avec Roger que le fait Raymond mais comme il est en vacances…) et Raymond était en pleine discussion avec une personne que je ne parvenais pas à voir. Et quand on est arrivés vers eux, on a compris que le patron n’étais pas franchement ravi, il semblait même un peu énervé.

 

-Tu vas donc venir nous embêter comme ça toute l’année ? Tu ferais mieux de déménager dans une autre ville. Ou même dans un autre pays…Non, attends, j’ai mieux. Va donc vivre dans une série policière du style de Les experts je ne sais pas quelle ville. Maintenant, rentre chez toi, s’il te plait.

 

Il se déplaça et je pus voir la personne qu’il cachait. Il s’agissait d’un jeune homme de mon âge ou un peu moins âgé. Mais il était tout à fait différent de moi.

 

Ses vêtements (des vieux machins gris), ses cheveux mi-longs roux avec des reflets blonds et son air juvénile me faisaient penser à Gavroche, le petit révolutionnaire dans Les misérable de Victor Hugo. Il avait un peu l’air d’un jeune perdu.

 

Mais ses yeux bleus électriques,  perçants et brillants d’intelligence me poussaient à revoir cette hypothèse. Peut-être était-il le fils rebelle de Raymond, puisque celui-ci l’avait tutoyé ? Qui était-il ? Que faisait-il ici et que voulait-il ?

 

-Bien. Lâcha finalement le mystère ambulant.

 

Sa voix, comme ses yeux, semblait être celle d’un homme intelligent. Enfin, je trouve cette réflexion un peu débile maintenant parce que je ne suis pas sûr qu’une voix puisse être intelligente. Par contre, elle était très belle et on le sentait sûr de lui.

 

-Je m’en vais, donc.

 

Il se retourna, avança de trois pas mais stoppa net lorsqu’il me vit. Il m’étudia du regard quelques secondes puis reprit sa route vers la sortie. Avant que je ne me tourne  pour comprendre, il était déjà à la porte.

 

-A demain. Dit-il avant de disparaitre ce qui provoqua un soufflement agacé chez Raymond.

 

-Qui était-ce ? Demandais-je, intrigué par ce drôle de personnage.

 

-Louni Harper.

 

 

Arlavor le Rouge

Par Arlavor le rouge - Publié dans : Le roman policier sans titre - Communauté : ecrivains en herbe
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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 10:43

 

Chapitre 1

 

 

Quand j’étais petit, je rêvais d’être astronaute et d’entrer à la NASA. Explorer le ciel, l’espace infini, je trouvais que c’était le job le plus cool du monde. Je voulais aller plus loin que n’importe quel homme, aller dans des coins de l’espace où personne avant moi ne se serait encore aventuré.

 

J’ai pourtant abandonné mon grand rêve lorsque j’ai découvert le nombre d’années exorbitant qui était nécessaire pour espérer grimper dans une fusée et décoller. C’était dommage mais après tout, j’avais toujours mes romans et mes films de science fiction pour me consoler de ma peine.

 

Et puis, même s’il y a encore des tas de choses à découvrir dans l’espace (des extraterrestres !), il faudra encore des dizaines, des centaines voire des milliers d’années avant de découvrir quelque chose de nouveau. En fait, je ne suis pas vraiment sûr de ça car je reste persuadé qu’un matin je vais me réveiller et qu’en surfant sur le net, la première chose qui va me tomber sous les yeux, ce sera qu’une nouvelle grosse planète habitée aura été découverte, remplie de gentils E.T.

 

Qu’on ne découvrira rien de nouveau avant longtemps, ça vient de mon père. C’est ce qu’il m’a dit lorsque je lui ai annoncé que je souhaitais faire ce travail plus tard. C’est un peu rude pour un gamin de dix ans pleins d’espoirs et de rêves merveilleux. Mais je crois que le pire, c’est quand il a rajouté : « David, tu es un Rochard, et tous les Rochard gardent les pieds sur Terre. Sans exception. »

 

Depuis ce jour, j’évite de faire fonctionner mon imaginaire quand mon père est là. Il trouvait que je perdais mon temps avec toutes ces sornettes sur les extraterrestres et qu’à force de lire et de regarder des bêtises, j’allais finir complètement idiot. Ma mère, elle, m’aurait encouragée dans cette voie là, elle m’aurait laissée lire et rêver tranquille. Elle est malheureusement décédée à la suite d’un cancer particulièrement ravageur lorsque j’avais six ans. Ma mère m’aurait écouté si je lui avais parlé, même si ce que je lui racontais était faux. Elle aurait même ri et applaudi mon imagination.

 

Mon père, c’était différent. Au bout d’un moment, il ne voulait même plus que je lui parle pendant les repas car je dérivais sur ce que lisais un peu trop souvent à son goût. Il disait qu’il détestait que mon esprit s’égare à cause de telles futilités. Et même quand je lui répliquais que l’espace n’était pas sorti directement de mon imagination, il faisait mine de ne pas m’entendre. Car il savait que j’avais raison et lui, tort.

 

Mon père était policier et malgré son étroitesse d’esprit dans certains domaines, je l’admirais énormément pour cela. Il me racontait souvent l’histoire de la fois où il avait arrêté un pickpocket en pleine rue. Il disait que le voleur avait réussit à s’échapper au début mais qu’il courrait bien plus vite que lui alors il n’avait pas été difficile de le rattraper en pleine course et de lui passer les menottes avant de le mener au poste. On en avait parlé dans le journal. C’était mon héros. En l’écoutant parler, je me voyais aussi à la poursuite de voleurs imaginaires.

 

Et c’est ainsi que, après mon bac ES, j’entrais à l’école de police d’où je ressortais diplômé deux années plus tard sous le regard de mon paternel. « Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis fier de toi » m’avait-il dit lorsque j’étais revenu à la maison après mes études. Mais si, je pouvais tout à fait imaginer ça. Je l’avais déçu pendant toute mon enfance et encore pendant mon adolescence. Il était naturel qu’il soit heureux que je sois devenu ce qu’il a toujours voulu faire de moi. J’allais être policier, comme lui et comme son père avant lui. Dis comme ça, ça fait un peu ridicule, mais moins que si j’avais dis « Rochard, policiers de père en fils ».

 

Et à la faveur d’un départ en retraite, j’entrais dans le même commissariat que mon père et même si j’étais ravi d’avoir un emploi je n’appréciais pas d’être de nouveau sous ses ordres, comme si j’étais encore un petit garçon. Heureusement qu’on ne vivait plus ensemble.

 

En fait, au lycée j’avais rencontré une fille super, Aurélie. Elle était super enthousiaste et c’était carrément la fille la plus charmante et plus belle que j’avais jamais rencontré. Tous mes copains de l’époque étaient trop jaloux que je sorte avec une telle fille. J’en suis tombé rapidement amoureux et ce sentiment avait l’air plutôt réciproque.

 

Et disons que mon entrée en poste au commissariat coïncida avec ma demande en mariage. Nous sortions ensemble depuis presque cinq ans et nous avions emménagés dans un petit appartement environ six mois auparavant. J’avais vingt-deux ans (j’ai redoublé ma classe de cp parce que les deux premiers trimestres j’étais super inquiet pour ma maman qui était très malade et puis le dernier trimestre, j’étais terriblement triste parce qu’elle ne vivait plus sur Terre avec moi et papa mais dans les nuages. Mais j’ai bien travaillé pour réussir l’année suivante parce que ma maman aurait aimé que j’ai une belle vie et un bon travail.) et je trouvais que c’était le bon moment. Elle était du même avis que moi. Je vais sortir une phrase très clichée et très niaise sur ce que je ressentais à ce moment. J’étais le plus heureux des hommes.

 

Par contre, mon père n’a pas du tout, mais alors pas du tout du tout été ravi quand il a appris la nouvelle de nos fiançailles. Il trouvait que j’avais fait une erreur, que cette alliance était une mauvaise idée, la pire que j’avais eu dans toute ma vie entière. Ses réflexions m’exaspéraient, surtout lorsqu’il m’en faisait part au commissariat devant tous nos collègues. J’avais l’impression de retourner des années en arrière. J’étais le fils puni par son père, l’adolescent rebelle qui remet en cause l’autorité parentale.

 

Quand papa et Aurélie étaient dans la même pièce, je sentais bien qu’il essayait de faire un effort, pas un gros effort, mais un effort tout de même. Il essayait de ne pas se montrer désagréable envers ma fiancée car, après tout, il valait mieux bien s’entendre avec elle puisqu’elle allait devenir sa belle-fille et très certainement la mère de ses petits-enfants. Mais quand  elle n’était pas dans les parages, quand j’étais seul avec lui, il la critiquait ouvertement, crachant son venin. J’essayais tant bien que mal de défendre Aurélie.

 

Il est extrêmement désagréable de savoir que mon père avait totalement raison de me mettre en garde contre cette union. Il avait raison et j’avais tort.

 

Trois mois après nos fiançailles, Aurélie m’a annoncé qu’elle voulait rompre, que ce ne serait pas une bonne idée de se marier. Au début, j’ai cru qu’elle s’était fait embobiner par mon père qui lui avait mit ces idées là en tête. Quand je lui ai dis qu’elle ne devait pas écouter ce que disait mon père, elle m’a affirmé qu’il n’y était pour rien dans sa décision. Elle disait que cela faisait à peine neuf mois que nous vivions ensemble et qu’elle s’ennuyait déjà en ma compagnie et qu’un train-train quotidien s’installait inexorablement dans notre vie. Et puis elle disait aussi que je ne l’amusais plus comme autrefois, que j’avais changé depuis que je travaillais. Que voulait-elle ? Que je démissionne pour lui faire plaisir ? Elle aurait tout aussi bien pu me dire que j’étais chiant comme la pluie et complètement ringard que je ne l’aurais pas plus mal pris.

 

L’année qui suivit notre séparation fut compliquée pour plusieurs raisons. Déjà, elle n’était plus là, avec moi. Les collègues du commissariat me regardaient avec une compassion qui me gênais et qui m’énervais. On me regardait comme une bête curieuse et franchement ce n’était pas agréable du tout. Mais le pire fut que j’ai été obligé de me réinstaller à la maison avec mon père, le loyer de l’appartement étant trop élevé pour moi tout seul.

 

Non, en fait, ce n’est pas ça le pire. J’aime beaucoup mon père et revivre avec lui ne m’a pas vraiment gêné, c’est plus le fait de perdre une partie de mon indépendance qui m’énervais plus qu’autre chose.

 

Non, le pire ça a été quand j’ai appris qu’Aurélie fréquentait un autre garçon, seulement quatre mois après notre rupture. Et qu’elle le voyait régulièrement lorsque nous étions ensemble, plus particulièrement lorsque j’étais à l’école de police. Elle m’avait déjà brisé le cœur mais là, elle venait de me le piétiner.

 

J’ai essayé de fréquenter, moi aussi, d’autres personnes mais ça n’allait jamais très loin. Ma relation la plus courte étant d’une nuit (mais uniquement parce que la fille ne m’a jamais recontacté) et la plus longue, deux mois. Elle s’appelait Laura et je la trouvais plutôt sympa mais ce n’était pas comme avec Aurélie, jamais aussi intense. Je n’étais pas amoureux. On a rompu et je trouve que c’est mieux comme ça. Nous n’allions pas franchement bien ensemble alors ça aurait été une bêtise de continuer cette relation plus longtemps. Mais nous sommes restés amis et je la rencontrais souvent pour aller boire un café en ville.

 

Au final, ma vie se reconstruisait petit à petit. Même mon père m’aidait à traverser cette période un peu compliquée et ça me faisait vraiment plaisir. J’aimais également beaucoup mon travail Je pensais que tout allait aller pour le mieux mais je me trompais.

 

L’année de mes vingt-quatre ans, un peu moins de deux ans après la rupture, j’ai appris qu’Aurélie allait épouser le mec avec lequel elle sortait depuis seulement un an et demi. J’avais l’espoir qu’elle le quitte mais ça ne se produisit pas. En Juin, elle était mariée. J’avais du mal à comprendre qu’elle avait refusé de m’épouser alors qu’on était ensemble depuis quasiment six ans alors que ce mec, elle le voyait depuis carrément moins longtemps que moi.

 

Pour me changer les idées, je suis parti en vacances chez un de mes oncles, Louis. Pendant les deux semaines que je passais chez lui, j’ai appris qu’un poste allait se libérer dans la police municipale de la ville d’à côté. Je suis allé les voir et il apparait que j’avais également le profil qu’ils recherchaient. Ils m’ont demandés de poser ma candidature et ils ont dis qu’ils me rappelleraient certainement pour passer un entretien très bientôt.

 

Et en effet, à peine trois semaines plus tard, je me retrouvais dans le bureau du patron, très enthousiasmé par ce que je lui disais. Il devait rencontrer deux autres personnes mais m’assura que j’étais en très bonne position pour obtenir le poste.

 

Quand je suis rentré à la maison après mon entretien, je n’ai pas trouvé mon père ce qui était étrange puisqu’il était en congé le mardi. Je suis tout de même allé voir au commissariat au cas où il aurait échangé son jour avec un collègue. Mais là bas, une mauvaise nouvelle m’attendait. Mon père avait été emmené de toute urgence à l’hôpital après avoir fait un malaise du à la chaleur.

 

Je n’étais pas vraiment inquiet. Mon père en avait vu d’autre et c’était un battant. Ce n’était pas une simple insolation qui allait le mettre K.O. Il avait seulement été imprudent et avait oublié de s’hydrater convenablement alors que le soleil tapait fort. Le médecin affirma que ce n’était pas grave mais qu’il lui faudrait un peu de repos avant de retourner travailler. Heureusement, ses vacances étaient très proches et le médecin l’arrêta pour le temps qui lui restait à travailler avant.

 

Quand je ne travaillais pas, j’aidais mon père dans les taches quotidiennes et il attendait avec autant d’impatience que moi le résultat de mon entretien. Il savait très bien que je ne souhaitais pas rester dans ma ville natale toute ma vie et m’encourageais de plus en plus à voler de mes propres ailes.

 

Finalement, l’appel tant attendu arriva. J’étais embauché ! Tous mes collègues me souhaitèrent bonne chance dans ma nouvelle vie même si je savais que certains chuchotaient dans mon dos que je partais uniquement à cause d’Aurélie. C’était en partie vrai, je ne voulais pas risquer de la croiser, d’autant plus qu’aux dernières nouvelles, elle serait enceinte de l’autre idiot. Mais aussi, comme disait mon père, il était temps que je prenne mon envol et que je quitte le nid.

 

Il m’a aidé à déménager chez mon oncle Louis en attendant que je trouve un appartement dans la ville et surtout, bien plus proche de mon travail. Fin juillet, j’étais installé chez mon oncle et j’ai trouvé un appartement pas très cher durant le mois d’août. Cela me laissait le temps de m’installer correctement car je ne commençais mon travail qu’à la fin du mois de Septembre.

 

Ma nouvelle vie pouvait enfin commencer.

 

 

Arlavor le Rouge

Par Arlavor le rouge - Publié dans : Le roman policier sans titre - Communauté : ecrivains en herbe
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  • Arlavor le rouge
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  • A la recherche d'un emploi en librairie, également écrivain en devenir, photographe-peintre (en devenir aussi) un peu dérangée et surtout rêveuse à temps plein.

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